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Les câbles sous-marins : talon d’Achille du réseau mondial ?

On a vu la presse s’interroger ses dernières semaines sur la possibilité d’une panne internet à l’échelle mondiale. Mais puisque la raison d’être d’internet est d’organiser les flux de communication sur un réseau de point à point, via un maillage et non plus sur une seule ligne il est peu réaliste d’imaginer un effondrement simultané de tous les points.

Moins médiatisé mais plus réel semble être le risque que nous font courir les câbles sous-marins, composante matérielle indispensable à nos réseaux modernes.

Que sont ces fameux câbles, de quoi parlons-nous ?

Le premier câble a relié les Etats-Unis à l’Europe dès 1858. Aujourd’hui plus de 430 câbles sous-marins sont déployés dans le monde sur plus 800.000 km, ce qui représente plus de 20 fois le tour de notre planète. En 2017, plus de 97% des communications mondiales, comprenant les liaisons téléphoniques et de données (internet), passaient par les océans, sans omettre plus 10 trillions de dollars de transactions financières par jour. Grâce à la fibre optique, les capacités des câbles sont des millions de fois celles des réseaux satellitaires.

Les câbles sont donc d’un intérêt stratégique évident pour la circulation de l’information, pour les entreprises comme pour les états.

Du côté des entreprises, les GAFA ont pris la pleine mesure de cette importance, et sont désormais à l’origine du plus grand nombre de déploiements, pour leur propre compte. Ainsi le câble Marea, qui relie la Virginie à l’Espagne est la propriété conjointe de Microsoft et Facebook, ce méga câble (160 térabits/seconde) a été déployé en 48 mois, ce qui est un temps record. Google soutient aussi un projet de câble, entre le Japon et la côte ouest des USA cette fois.

Pour les Etats, une coupure internet a des conséquences catastrophiques : une rupture de câble a privé l’Algérie d’internet pendant 2 semaines en 2015. En janvier 2017, c’est Madagascar qui fut coupée du réseau mondial pendant 12 jours. Mais les états se faisaient pourtant très discrets quant à la prise en compte dans leurs politiques publiques de ces actifs stratégiques, même si divers programmes d’écoute des communications – dont le fameux PRISM – reposent tous sur un branchement direct sur ces câbles.

C’était jusqu’à la spectaculaire publication d’un rapport britannique, co-signés de hauts responsables de la Défense britannique et américaine, un rapport au titre explicite : « Undersea cables: indispensable, insecure »

Ils y pointaient bien sûr la dimension physique de ces installations : les coupures de câbles sous-marins peuvent avoir plusieurs origines : les chalutiers de pêche et le mouillage des navires (70 % des cas), les avalanches, les glissements de terrains sous-marins, et les jaillissements brûlants en provenance des dorsales volcaniques (15 % des cas), et même les morsures de requin (pour 1% des cas) !!

Mais les Britanniques expliquent aussi et surtout que ces câbles sont peu adéquatement protégés, et hautement vulnérables à des attaques en mer ou sur terre, qu’il s’agisse de terroristes ou d’états hostiles. En mer, ces câbles sont le plus souvent seulement posés sur le fond, ou faiblement enterrés. Sur terre, les lieux d’atterrissage sont peu nombreux, et avec une sécurité physique minimale.

Des officiels américains ont aussi fait part de leurs inquiétudes face à des sous-marins russes opérant « agressivement » près des câbles transatlantiques. Quand la Russie a annexé la Crimée, il est significatif de constater qu’un de ses premiers actes a été de scier le câble principal qui la reliait au reste du monde.

Dans une asymétrie du rapport de force, il peut donc être très tentant de répondre par une asymétrie de la menace, en ciblant par des moyens non conventionnels ces actifs à la fois cruciaux, physiquement peu nombreux et encore facilement accessibles.

Aussi, face à la faible protection des infrastructures terrestres (seul le Venezuela a semble-t-il une vraie protection d’arrivée, logée au cœur d’un bidonville) des projets innovants sont en cours de déploiement.

Ainsi le réseau Starlink lancé par Elon Musk serait une alternative intéressante pour sécuriser les infrastructures terrestres. Tintin A et Tintin B sont les deux premiers satellites d’une constellation qui devrait atteindre près de 12 000 satellites, avec la promesse d’un débit 40 fois supérieur aux offres actuelles d’Internet par Satellite.

De son côté, Google envoie des ballons dans les airs pour connecter des zones blanches tout en déployant ses propres câbles sous-marins. Cette technologie est actuellement déployée au-dessus de Porto Rico après le tremblement de terre démontrant, s’il en était besoin, que les infrastructures terrestres sont également sensibles aux catastrophes naturelles.

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